Comment concevoir et aménager des postes de travail

Chine : Défendez, étendez les acquis de la Révolution de 1949! Pour une révolution politique prolétarienne pour chasser la bureaucratie stalinienne! Repoussez la campagne impérialiste pour la contre-révolution ! (Part 2) (2004)

https://archive.is/Xt8JA
L’arme principale dont dispose un Etat ouvrier nationalement isolé et relativement arriéré économiquement contre l’invasion des biens à meilleur marché, c’est le monopole d’Etat du commerce extérieur – c’est-à-dire le strict contrôle des importations et des exportations par le gouvernement (pour plus de détails, voir « La Chine secouée par des manifestations ouvrières », deuxième partie, le Bolchévik n° 161, automne 2002). Mais la réponse ultime à l’arriération économique de la Chine, et la seule voie vers une société socialiste – c’est-à-dire sans classes et égalitaire – passe par une révolution socialiste mondiale et l’intégration du pays dans une économie internationalement planifiée.
La stratégie économique des impérialistes pour la restauration capitaliste
Examinons le programme d’approfondissement des « réformes » économiques en Chine préconisé par les représentants et les porte-parole de l’impérialisme mondial, principalement américain. Ce programme a été résumé dans un rapport sur la Chine rédigé il y a quelques années par la Banque mondiale, dont le siège est à Washington : « La recommandation la plus importante est un changement dans le rôle du gouvernement, qui doit cesser d’être un contrôleur et un producteur pour devenir l’architecte d’un type de système plus auto-régulé et auto-ajusté. »
En tête de liste figure la « recommandation » que les banques étatisées coupent les crédits aux entreprises d’Etat déficitaires et imposent des taux d’intérêt plus élevés et des conditions de remboursement plus drastiques aux entreprises qui font des profits. Une telle politique d’« argent cher », si elle était adoptée par les banques chinoises, jetterait des millions d’ouvriers supplémentaires sur le pavé. Et elle démantèlerait de façon permanente une grande partie de l’industrie moderne des biens d’équipement en Chine, à forte concentration de capital (comme les machines-outils, les biens d’équipement électriques lourds, les machines agricoles, celles destinées à l’industrie du bâtiment).
A un niveau plus fondamental, les capitalistes occidentaux et japonais veulent remplacer les banques étatisées de Chine par leurs banques à eux. L’ouverture du système financier chinois aux banques étrangères conduirait à des sorties massives de fonds, car les banques chinoises ne peuvent pas offrir les taux d’intérêt élevés qu’on peut obtenir sur les marchés financiers internationaux. Une large part du surplus économique dégagé en Chine serait recanalisée vers les banques de Wall Street, de la City de Londres, de Francfort et de Tokyo. Cet argent serait ensuite utilisé pour acheter des actions et des obligations émises par les sociétés et aussi les gouvernements dans les Etats impérialistes américain, européens et japonais. L’épargne des ouvriers et des travailleurs ruraux chinois contribuerait littéralement à payer les missiles du Pentagone braqués contre la Chine ! Et de fait, la bureaucratie traître de Pékin – et c’est un véritable crime contre le peuple chinois – achète aujourd’hui avec ses énormes réserves de devises des bons du trésor américains, et promet d’en acheter davantage.
Ces dernières années, les officines du capital financier international, comme le Fonds monétaire international, « conseillent » au gouvernement chinois de réduire son déficit budgétaire en réduisant notamment ses investissements dans les infrastructures. Aller dans le sens de ce genre d’austérité fiscale détruirait le gagne-pain de beaucoup parmi les plus pauvres et les plus défavorisés des travailleurs chinois. Le secteur du bâtiment, à Shanghaï, Pékin et ailleurs, emploie principalement des migrants venus de la campagne. Les grands projets intérieurs (construction de canaux, pose de voies ferrées) emploient des paysans et des villageois pauvres. De plus, réduire ce genre de projets aurait pour effet de retarder et inverser le développement économique de la Chine. L’extension du réseau de chemins de fer, par exemple, est absolument essentielle pour relier économiquement les provinces côtières les plus riches et les régions économiquement plus arriérées de la Chine centrale et occidentale.
Ces derniers mois, la principale revendication économique adressée par les cercles dirigeants américains, européens et japonais au gouvernement chinois a été la réévaluation du yuan. Augmenter les prix des produits manufacturés chinois sur les marchés mondiaux réduirait fortement la valeur et le volume des exportations chinoises. Beaucoup d’entreprises privées et étatisées seraient contraintes de licencier des ouvriers, de réduire la production, et dans certains cas feraient faillite.
Derrière la pression actuellement exercée par les bourgeoisies américaine, européennes et japonaise se profile une attaque plus fondamentale contre le système financier étatisé chinois. Les impérialistes veulent forcer le régime de Pékin à rendre le yuan totalement convertible, afin d’ouvrir sans restriction la Chine à la pénétration financière des banques de Wall Street, de Francfort et de Tokyo.
Les privatisations : apparence et réalité
Au cours des deux dernières décennies, une part importante de l’industrie d’Etat – qu’on la mesure par le nombre d’entreprises, la main-d’œuvre employée ou le volume de la production – a été privatisée. La plupart des petites entreprises ont été simplement vendues à des individus, en règle générale aux cadres qui les géraient. Mais les entreprises de plus grande taille ont été « privatisées » à travers un système d’actionnariat. Quand la Chine a ouvert sa première Bourse il y a une dizaine d’années, la plupart des médias occidentaux ont applaudi cet événement comme une preuve incontestable que la Chine « communiste » avait accompli un pas décisif sur la voie du capitalisme. Mais que s’était-il réellement passé ?
Parmi les 1 240 sociétés cotées dans les deux principales Bourses chinoises le gouvernement détient la majorité des actions pour certaines d’entre elles et une part minoritaire mais substantielle pour d’autres. Mais même dans ce dernier cas, elles restent de fait contrôlées par le gouvernement, parce que le PCC a conservé un monopole du pouvoir politique. Il n’y a pas de démocratie ouvrière en Chine – mais pas davantage de démocratie des actionnaires. Un actionnaire d’une société donnée qui serait mécontent et suffisamment téméraire pour organiser une révolte afin de chasser la direction en place, généralement cadre du PCC avec de bonnes relations politiques, se retrouverait très rapidement dans un endroit extrêmement déplaisant.
Les actionnaires des sociétés chinoises n’ont pas de droits de propriété au sens capitaliste et occidental du terme. Ils ont le droit aux revenus procurés par leurs actifs financiers, et ils peuvent vendre leurs actions en réalisant, s’ils sont suffisamment malins ou chanceux, un profit net par rapport au prix d’achat. Mais ils ne peuvent pas déterminer ni même influencer la politique ou la gestion de l’entreprise. Celles-ci sont déterminées par des pressions politiques et économiques diverses et souvent conflictuelles.
Un exemple clair est fourni par Golden Summit, une entreprise de cimenterie de Leshan, dans la province du Sichuan, dans l’extrême ouest du pays. Fondée à la fin des années 1980, Golden Summit a été introduite en Bourse de Shanghaï au début des années 1990. Elle se révéla une affaire tout à fait rentable. En 1997, le directeur de l’entreprise, Gu Song, occupait également le poste de secrétaire-adjoint du PCC de Leshan (une situation assez courante). A ce double titre, il organisa la prise de contrôle par Golden Summit de l’aciérie Dadu River Steel, une entreprise d’Etat de la ville qui, toutefois, perdait de l’argent. De toute évidence, cette acquisition n’avait, économiquement parlant, aucun intérêt. Pourquoi donc avait-elle été réalisée ? Parce que les ouvriers de la Dadu River Steel avaient organisé de violentes manifestations contre le non-paiement de leurs salaires. La direction locale du PCC avait donc utilisé l’abondante trésorerie de Golden Summit pour apaiser l’agitation ouvrière dans son district. Ainsi, une décision de gestion affectant la situation financière de la société avait été prise sur des bases politiques, et non économiques.
Un livre récent publié par deux économistes australiens sur la structure financière chinoise décrit le vrai caractère des sociétés par actions :
« Le problème clé dans le cas des Bourses chinoises est que la forte concentration de la propriété reflète en réalité le maintien du poids dominant de la propriété d’Etat dans beaucoup de sociétés cotées […]. Ainsi, un marché pour le contrôle des sociétés est non-existant pour l’écrasante majorité des sociétés cotées, et on peut en conclure que les dirigeants ne sont confrontés, en cas de décision malencontreuse, qu’à une menace limitée de sanction venant soit de l’“intérieur” ou de l’“extérieur”. Il convient aussi de noter que l’influence de l’Etat va plus loin que sa position dominante en terme de propriété. »
– James Laurenceson et Joseph C.H. Chai, Financial Reform and Economic Development in China (2003)
Les auteurs citent ensuite une étude qui montre que « la représentation de l’Etat dans les conseils d’administration de beaucoup de sociétés cotées dépasse de loin ce qui pourrait être justifié même si on tient compte de la part considérable des actions qu’il détient ».
En outre, les marchés chinois des actions et aussi des obligations ne représentent qu’une faible part de la masse totale des actifs financiers, qui restent essentiellement concentrés dans les banques d’Etat. Les sociétés par actions dépendent ainsi des prêts bancaires pour la plus grande part de leur financement externe. Pour résumer, les sociétés cotées dans les deux principales Bourses ont typiquement les mêmes structures de direction et de financement qu’à l’époque où elles étaient entièrement propriété de l’Etat.
On pourrait raisonnablement poser la question : c’est peut-être vrai aujourd’hui, mais cela le sera-t-il encore demain ? La réponse à cette question sera déterminée par une confrontation politique, et non pas par un changement de telle ou telle réglementation régissant la Bourse chinoise.
L’été dernier, les investisseurs étrangers ont été autorisés pour la première fois à acheter (dans des limites strictement définies) la principale catégorie d’actions (libellées en yuans) des Bourses chinoises. Un seul investisseur étranger ne peut posséder plus de 10 % du capital d’une société au prix du marché, et tous les investisseurs étrangers ensemble plus de 20 %. La première société financière à profiter de cette occasion a été la grande banque d’investissements suisse UBS qui a acheté, entre autres, des actions de Bao­shan Iron and Steel, le plus grand sidérurgiste chinois.
Que se passerait-il si UBS et d’autres banques occidentales étaient déçues du retour sur investissements à Baoshan ? Il est probable qu’elles vendraient simplement leurs actions, peut-être à perte. Mais imaginons qu’au lieu de cela, un groupe de banques occidentales soudoie des responsables économiques chinois pour obtenir le limogeage de la direction en place à Baoshan et son remplacement par une nouvelle direction ayant leur faveur. Une telle tentative de financiers occidentaux pour prendre le contrôle de fait du plus grand producteur d’acier chinois serait un défi direct à l’autorité politique du régime du PCC. Pour préserver son autorité, le gouvernement chinois serait obligé de poursuivre les corrompus en question et de prendre des mesures quelque peu punitives contre les banques étrangères. Sinon, beaucoup de dirigeants d’entreprises et de banques d’Etat deviendraient les agents stipendiés des financiers et des industriels impérialistes, le gouvernement commencerait à perdre sa capacité à mener sa propre politique économique, et le PCC commencerait à se désintégrer dans une orgie de fractionalisme, comme le Parti communiste soviétique à l’époque de Gorbatchev (1985-1991).
Mais la désintégration fractionnelle de la bureaucratie stalinienne chinoise ouvrirait aussi la situation politique à l’intervention de forces sociales d’en bas, centralement la classe ouvrière. On verrait probablement la formation de syndicats et de comités d’usine indépendants, de groupes et de partis de gauche. En fin de compte, les capitalistes occidentaux, japonais et chinois de l’extérieur pourraient voir leur tête de pont actuelle en République populaire de Chine détruite par une révolution politique prolétarienne.
Le principal changement structurel qui s’est produit dans l’économie chinoise au cours des deux dernières décennies est la manière dont les entreprises d’Etat sont financées. Sous l’ancien système de planification centralisée, les entreprises dont, pour une raison ou pour une autre, les coûts excédaient les revenus normaux recevaient des allocations non remboursables de leur ministère de tutelle. De même, des allocations non remboursables étaient utilisées pour financer l’expansion de la production des entreprises par la rénovation de l’outillage, la construction de nouveaux départements, etc.
Quand le « socialisme de marché » a été introduit au début des années 1980, les entreprises étaient censées devenir des entités financièrement autonomes maximisant les profits. Le financement externe devait provenir de prêts des banques commerciales d’Etat, prêts qui étaient censés être remboursés avec intérêts. Nous ne savons pas si Deng et les autres architectes originels du programme de « réformes » espéraient réellement que le système fonctionnerait conformément à la nouvelle doctrine économique et aux directives politiques correspondantes. Comme c’était prévisible, le système n’a pas fonctionné. Si toutes les entreprises qui n’ont pas remboursé leurs prêts bancaires et qui ne pouvaient pas les rembourser avaient été fermées, la Chine serait devenue depuis longtemps une zone de catastrophe économique. Mais on n’a pas permis qu’il en soit ainsi. Au contraire, d’une manière totalement non planifiée, inadéquate et erratique, les prêts bancaires « non performants » se sont substitués au financement gouvernemental direct.
Les prêts bancaires aux entreprises déficitaires comme aux entreprises rentables sont refinancés de façon routinière, ou même augmentés, sans aucun espoir réaliste de remboursement. En conséquence de quoi toutes les grandes banques chinoises sont techniquement « insolvables », avec des « prêts non performants » qui l’emportent sur les actifs générateurs de revenus. Cette situation perdure depuis de nombreuses années, car le gouvernement finance les banques qui, à leur tour, financent les entreprises.
C’est ainsi qu’en 1998-1999 la banque centrale a donné 200 milliards de dollars aux principales banques commerciales en échange d’un montant équivalent en « prêts non performants ». Ces dettes d’entreprises ont ensuite été transférées à des « Compagnies de gestion d’actifs » (CGA) contrôlées par l’Etat, qui étaient censées en récupérer une partie et/ou vendre les entreprises défaillantes à des acheteurs privés. Depuis cette date, les CGA n’ont pas fait grand-chose dans l’une ou l’autre direction.
La relative stabilité du système financier chinois repose sur deux facteurs principaux. Premièrement, tout le monde sait que le gouvernement est derrière les banques. Deuxièmement, les banques privées, notamment occidentales, ne sont pas (encore) autorisées à leur faire concurrence. Un rapport publié en 2002 par Moody’s, la grande agence de notation financière américaine, concluait que « bien que le système bancaire chinois soit, techniquement parlant, insolvable, les niveaux élevés de liquidités jouent le rôle d’amortisseur contre les tensions. Le niveau élevé des dépôts reflète en outre la confiance du public dans les banques d’Etat. »
Les porte-parole bien informés de l’impérialisme occidental admettent que la privatisation, et plus particulièrement l’internationalisation du système financier, est une étape nécessaire pour briser le pouvoir économique du régime du Parti communiste chinois (PCC). Début 2003, l’Economist de Londres (8 mars) – un organe semi-officiel des banquiers britanniques et américains – écrivait :
« Toutes les banques chinoises sont, directement ou indirectement, contrôlées par l’Etat, et le gouvernement, local ou central, interfère tant dans les nominations des cadres dirigeants que dans les prêts. Il n’existe par conséquent pas de banque chinoise qui soit méritocratique et fonctionne selon les règles du marché. Dépourvus d’instruments de contrôle, les investisseurs étrangers auront du mal à en créer une.
« Les Chinois, par contre, n’ont aucune intention d’abandonner ce contrôle. »
Comme les lamentations de l’Economist l’indiquent, les banques étrangères ont jusqu’ici été reléguées aux marges du système financier chinois, principalement dans le secteur du commerce extérieur. Il va sans dire que le capital financier international s’évertue à repousser ces limites. Par exemple début 2003, Citibank, la banque géante de Wall Street, a été autorisée à acquérir 5 % de la neuvième banque commerciale chinoise. Une opération conjointe portant sur des cartes de crédit a ensuite été mise sur pied, destinée à la nouvelle élite chinoise fortunée – entrepreneurs capitalistes, hauts responsables du parti et du gouvernement, couches petites-bourgeoises aisées (ingénieurs, universitaires). Pour la Citibank, c’est juste l’amorce d’une campagne pour pénétrer toujours plus profondément le système financier chinois. « La Chine est une des dernières grandes frontières de la finance », proclame Richard Stanley, le responsable de la filiale de la Citibank à Hongkong (Wall Street Journal, 15 septembre 2003).
Jiang Zemin et ses acolytes reconnaissent que l’ouverture du système financier chinois aux banques étrangères aurait probablement des conséquences économiques désastreuses, notamment en ôtant au gouvernement la capacité de financer ses propres dépenses. C’est pourquoi l’accord aux termes duquel la Chine a adhéré il y a deux ans à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) repoussait la « libéralisation » du secteur financier à 2006. C’est seulement à cette date que la Chine est censée autoriser les banques étrangères à concurrencer les banques d’Etat sur un pied d’égalité. Mais ce qui va réellement se passer d’ici trois ans ne sera pas automatiquement déterminé par le calendrier prévu dans l’accord de l’OMC. Ce sera déterminé par le conflit social en Chine même et entre la Chine et les forces de l’impérialisme capitaliste. Ces derniers mois, les conflits économiques entre l’impérialisme, notamment américain, et l’Etat ouvrier bureaucratiquement déformé chinois ont éclaté au grand jour.
La bataille autour du yuan
La devise chinoise, le yuan, n’est pas convertible sur ce que les économistes bourgeois appellent la compensation internationale des transferts de capitaux. Les entrepreneurs capitalistes en Chine, ainsi que les directeurs des entreprises d’Etat, ne peuvent acquérir des devises étrangères en échange de yuans (après accord préalable de la banque centrale) que pour payer des importations ou pour d’autres dépenses liées au commerce. Les devises étrangères acquises par les habitants de la Chine continentale doivent être transférées à la banque centrale en échange de yuans.
Ces dernières années, il y a eu un accroissement prévisible du volume des mouvements de capitaux illégaux entrant ou sortant de Chine, principalement via des financiers de Hongkong. Il n’existe pas d’estimation fiable de l’ampleur de ces mouvements monétaires illégaux, mais ils n’ont pas encore atteint le point où ils affecteraient gravement l’économie chinoise ou la politique économique du régime.
Depuis environ dix ans, la Chine maintient une parité fixe entre le yuan et le dollar. Comme le dollar s’est déprécié en 2003 contre l’euro, le yen japonais et la plupart des autres devises, le prix des produits manufacturés exportés par la Chine a considérablement baissé sur le marché mondial. La plupart des experts estiment que si le yuan était librement échangé, il se revaloriserait de 20 à 40 % par rapport au dollar.
Certaines grandes sociétés capitalistes américaines (ainsi que des sociétés européennes et japonaises) profitent aussi de la sous-évaluation actuelle du yuan. Plus de la moitié des exportations chinoises de produits manufacturés sont produites dans des usines détenues par des étrangers, ou dans des joint-ventures. Dell computer et Motorola sont parmi les dix premières sociétés exportatrices de Chine. De l’autre côté du Pacifique, Wal-Mart, la chaîne de supermarchés géante, absorbe 10 % des marchandises chinoises exportées aux Etats-Unis.
Cependant, la majorité des capitalistes manufacturiers américains estiment (non sans motifs) qu’ils pâtissent des pratiques commerciales « déloyales » de la Chine. Au printemps 2003, Franklin Vargo, le vice-président de l’Association nationale des manufacturiers, déclarait devant une commission de la chambre des représentants : « Nous devons faire pression sur la Chine pour qu’elle mette fin à la manipulation de sa devise et permette que le taux de change yuan-dollar soit déterminé par le marché » (Business Week, 7 juillet 2003). Un bloc de sénateurs et de représentants principalement démocrates, avec quelques républicains, veut introduire une loi qui imposerait des droits de douane supplémentaires sur les importations chinoises, afin de « neutraliser » la sous-évaluation du yuan. En outre, tous les gros calibres du capital financier international – les responsables des banques centrales américaine et européenne, les directeurs du Fonds monétaire international – font fortement pression sur le régime de Pékin pour qu’il réévalue sa devise.
Mais sur cette question, la direction chinoise n’a pas cédé de terrain. En novembre dernier, le président chinois Hu Jintao déclarait : « Maintenir la stabilité du taux de change du renminbi contribue aux performances économiques de la Chine, et est conforme aux nécessités du développement économique dans toute la région Asie-Pacifique et dans le monde entier. »
En guise de concession aux impérialistes, Hu a promis de mettre en place une commission pour « étudier » la possibilité, dans l’avenir, d’instaurer une convertibilité de la devise chinoise. Quand dans l’avenir ? Le Far Eastern Economic Review (29 mai 2003), un journal bien informé basé à Hongkong, écrit à cet égard : « Le renminbi n’est pas librement convertible sur le compte capitaux, et la plupart des analystes ne s’attendent pas à un changement d’ici quelques années. Ce qu’on craint, c’est qu’une ouverture trop précoce du compte capitaux du pays conduise à des sorties massives, à cause d’un manque de confiance dans le système bancaire. »
Mais même si les décideurs politiques à Pékin prévoient de maintenir le taux de change et les arrangements monétaires internationaux actuels pendant quelques années, ils ne réussiront peut-être pas à le faire. L’enclave capitaliste de Hongkong constitue une brèche toujours plus large par laquelle les transactions monétaires illégales s’effectuent, dans les deux sens. L’expropriation des financiers et autres secteurs de la bourgeoisie de Hongkong est une nécessité vitale pour protéger l’économie chinoise de l’offensive destructrice des banques de Wall Street, Francfort et Tokyo.
La question agraire au premier plan, encore une fois
Les discussions sur l’économie chinoise et sa soi-disant « transition vers le capitalisme » dans les médias et les milieux universitaires bourgeois se focalisent habituellement sur l’industrie et la finance. Cependant, 700 millions des 1,3 milliard de Chinois sont toujours employés dans l’agriculture. La principale force motrice de la Révolution de 1949 avait été un soulèvement paysan massif contre la classe des propriétaires fonciers, dont beaucoup ont connu le sort qu’ils méritaient des mains de ceux qu’ils exploitaient et opprimaient cruellement. Toute l’agriculture avait été nationalisée.
Une des premières « réformes » économiques du régime de Deng fut la décollectivisation de l’agriculture, cédant aux familles paysannes leurs petits lopins de terre sur la base de baux à long terme. Cependant, la terre n’a pas été reprivatisée, et des restrictions ont été imposées aux transferts de baux. Même dans ces conditions, la concurrence entre petits propriétaires paysans a nécessairement débouché sur une différenciation économique toujours croissante dans les villages. Cela a produit une classe de riches fermiers qui a réussi, par des arrangements semi-légaux ou illégaux, à exploiter le travail de leurs voisins plus pauvres. Néanmoins, la structure de base de l’économie agraire chinoise est fondamentalement et manifestement différente de celle de l’Inde, par exemple, où plus d’une centaine de millions d’ouvriers agricoles sans terre s’échinent sur les grands domaines des riches propriétaires fonciers.
Cependant, la structure actuelle de l’économie agraire chinoise ne pourra pas être préservée longtemps, étant donné l’adhésion du pays à l’OMC. Les entreprises industrielles d’Etat peuvent, jusqu’à un certain point, être isolées de la concurrence accrue des importations par un accroissement du financement de l’Etat, via les banques. Mais les petits propriétaires paysans chinois ne peuvent en aucune manière concurrencer l’agrobusiness à forte concentration de capital et scientifiquement organisé des Etats-Unis et des autres grands pays exportateurs de produits alimentaires. Le régime de Pékin a, certes, réduit comme prévu les droits de douane et les quotas sur les produits agricoles, mais il a aussi eu recours à des dispositifs protectionnistes ad hoc. En 2002, de nouvelles « réglementations sanitaires » ont été appliquées aux importations de céréales génétiquement modifiées. L’année dernière, des cargaisons de soja originaire des Etats-Unis, du Brésil et d’Argentine ont été bloquées au motif qu’elles étaient « contaminées » par un champignon (qui est pourtant aussi fréquemment présent sur le soja cultivé en Chine).
Toutefois, la ligne fondamentale de la politique agraire du régime est de ne pas protéger la multitude des petits propriétaires paysans. Au contraire, elle consiste à promouvoir de grandes fermes, de facto privées. C’est ainsi qu’un plénum du comité central du PCC qui s’est tenu en octobre 2003 a adopté une résolution réduisant encore plus les restrictions sur le transfert des terres agricoles. Un journaliste américain qui couvrait cette réunion rapporte que « la Chine s’inquiète de la concurrence des produits alimentaires étrangers au sein de l’Organisation mondiale du commerce, et l’émergence de grandes fermes augmenterait l’efficacité agricole, déclare un agronome » (Washington Post, 15 octobre 2003).
Cependant, les résolutions et les intentions de la direction du PCC dans ce domaine, comme dans les autres, ne seront pas automatiquement et nécessairement traduites dans la réalité économique. La Révolution de 1949 reste une mémoire vivante dans les campagnes chinoises. Les paysans pauvres savent que leurs grands-parents ont appliqué une justice plébéienne rustique aux propriétaires fonciers brutaux et aux usuriers rapaces. Les aspirants-propriétaires fonciers de la Chine d’aujourd’hui pourraient bien connaître un sort similaire. En fait, au cours de la dernière décennie la Chine a connu de nombreuses manifestations et émeutes de grande ampleur, notamment contre les hausses d’impôts et la corruption.
Pourtant, la Chine doit effectivement passer des petites propriétés paysannes aux grandes fermes mécanisées. La question, c’est comment elle va le faire. Un gouvernement basé sur des conseils ouvriers et paysans ne se contenterait pas d’interdire ou de restreindre l’utilisation de main-d’œuvre salariée et la location de terres supplémentaires par les fermiers riches ; il encouragerait la recollectivisation de l’agriculture. Cela ne veut pas dire un retour aux communes agricoles de l’époque de Mao, qui étaient fondamentalement des agrégats de lopins paysans arriérés. Pour que la masse des paysans chinois abandonnent leurs lopins de terre en faveur de fermes collectives, ils devront être convaincus que cela se traduira par un niveau de vie plus élevé pour eux et leurs familles. C’est pourquoi un gouvernement basé sur des conseils ouvriers et paysans proposerait une réduction des impôts et offrirait des crédits bon marché aux paysans qui rejoindront les fermes collectives. (cont.)
http://www.icl-fi.org/francais/oldsite/Chine-168.htm
submitted by ShaunaDorothy to FranceLeBolchevik [link] [comments]

CIEL GESTION COMMERCIALE : Les réappro automatique Manipulation de tôle avec le bras scara PARTS Présenter d'un plan de travail animé sur PowerPoint ... 1NRC- Thème 1-2 L'organisation commerciale Excel - Tableau de Bord Service Commercial (Module 1 ...

Droit du travail. Lorsque le changement de lieu de travail est un simple changement des conditions de travail, il s'impose au salarié. A l'inverse, lorsqu'il constitue une modification d'un élément essentiel du contrat de travail, l'accord du salarié doit être recueilli. Quelques conseils pour réussir sa stratégie commerciale. Comme nous l’avons évoqué plus haut, la réussite d’un plan d’action commercial passe par une bonne analyse et une excellente planification stratégique – en toute objectivité – du positionnement passé et présent de l’entreprise, de l’état actuel du marché et de son évolution probable. Au poste de travail, la place occupée par l'opérateur lui-même sera majorée de l'amplitude des gestes nécessaires à l'exécution de la tâche (bras, jambes) et des déplacements relatifs de son corps pour reculer, tourner, se baisser (0,80 m autour de l'opérateur). Normalement, le travail est fait au moment de la création de la société. Menu, paramètres. Si l’on clique sur l’onglet immatriculations, on obtient la fenêtre suivante : Sur l’onglet Codes bases . Questions possibles : Combien de clients possède cette entreprise : 14, car l’incrémentation est automatique Combien de fournisseurs : 4 le nombre de personnes présentes dans la zone de travail est limité ; ces personnes respectent la plus grande distance possible entre elles et portent une visière.

[index] [2696] [3722] [2530] [6239] [6817] [7282] [3735] [1478] [5132] [2944]

CIEL GESTION COMMERCIALE : Les réappro automatique

Ces outils d’aide au levage et à la manutention trouvent de nombreuses autres applications en milieu industriel : approvisionnement de postes de travail, chargement et déchargement de machines ... Cette vidéo va vous présenter en détail un Tableau de Bord Commercial dynamique permettant d'afficher plusieurs indicateurs sous forme d'un Widget ou Graphiq... Ce premier module va vous présenter pas à pas comment créer le Tableau de Bord - Service Commercial. Deux autres modules seront nécessaire pour aborder tous ... présentation du plan de travail avec une animation sur ppt : * on indique au milieu du page qu'il s'agit d'un plan de travail. * introduction générale. * les... Étape par étape à partir de plateaux bruts jusqu'au produit fini Olivier Verdier, je suis menuisier créateur et Youtuber. J'exerce mon activité dans un petit...

https://arab-binaryoption.forex-charts-live.club